Vincent Favre, le magicien des cimes

Explorer les photographies de Vincent Favre, c’est la voie royale qui mène à la magie des Alpes. Asseyez-vous confortablement dans votre chaise et découvrez des images envoûtantes. Pour assurer le spectacle, le photographe mène à la baguette des cimes et brave les sommets en un tour de main. Partageons avec lui son amour des Alpes au gré de ses itinérances.

Bonjour Vincent, tu es tombé dans la marmite de la photographie par hasard ou après un long mûrissement ?

Salut à tous ! C’est mon père qui m’a amené progressivement à la photographie. Il me prêtait, lorsque j’étais petit, son appareil AGFA, lors de nos randonnées en montagne.

Avant de partir sur les lieux, j’imagine qu’il y a un peu de travail en amont : comment tu prépares et tu choisis ton itinérance ? Pour combien de temps pars-tu en général ?

Mes sorties dépassent rarement 3 à 4 jours dans les Alpes. Et elles sont le plus souvent faites sur 2 à 3 jours. Google Earth, Geoportail et autres fonds de cartes, les sites météos et Webcams sont des outils pour préparer mes sorties. Envisager le paysage sous un éclairage particulier… puis espérer que la météo soit juste et que les conditions soient belles.

Qu’est ce qui te fascine autant dans les Alpes ? Pourquoi les paysages y sont si uniques ?

C’est un massif montagneux assez jeune, aux lignes élancées. Les Alpes offrent un terrain de jeu accessible des vallées vertes jusqu’aux sommets enneigés. La variété est belle également. Et puis j’aime les Alpes aussi parce qu’elles ont bercé mon enfance. Mes premières randonnées ont été faites dans la Vallée de Rosuel, en Savoie, et sur la frontière italienne, face au Mont Blanc.

Avec quel matériel tu réalises tes photos (si ce n’est pas trop indiscret) ?

Je suis équipé d’un boitier Canon EOS 5D MarkII, d’un ultra grand angle Canon 17-40mm f4L usm, d’un télé-zoom Canon 70-200mm f4 IS L usm, d’un 50mm canon f1.8, d’un objectif macro 105mm f2.8 sigma, d’un trépied en carbone et d’une télécommande. Tout ceci est emmené en plus du matériel de randonnée. J’estime à 6 ou 7 kilos le poids à porter en plus pour l’activité photo. Ce n’est pas négligeable et cela demande d’adapter les circuits par rapport à de la randonnée normale, lorsque l’on est moins chargé.

Rentrons dans le vif du sujet. Quel paysage… t’a… le plus saisi émotionnellement ? 

A mon avis c’est la vision du Cervin, montagne mythique des Alpes, aux formes si parfaites (du côté de Zermat).

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t’a … rendu le plus serein du Monde ?

Les Hauts Plateaux du Vercors, de grands espaces vierges, silencieux, et habités par les mythiques lynx.

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t’a … le plus intrigué ?

Les eaux bleues et laiteuses du Réou d’Arsine. Un endroit étonnant, et magnifique.

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t’a … le plus fait galérer pour le capturer ?

Il y a plusieurs endroits que j’ai du visiter plusieurs fois pour enfin capturer une image convenable… ou pas.

Et il y a plusieurs clichés qui restent en attente pour cela. Sinon, si on parle de galère, il y a les images dans le grand froid, le blizzard : imaginez que vous avez du mal à tenir debout à cause du vent qui vous fouette, que la visibilité est parfois nulle, que la lentille frontale de votre objectif est à nettoyer après chaque prise et qu’en plus il ne faut pas traîner tant les cristaux soulevés s’amassent vite sur celle-ci.

Imaginez aussi que votre nez reste parfois collé à la vitre arrière (écran) de votre réflex numérique, à cause de votre respiration et du froid, qui fabriquent une très bonne colle gelée. Les doigts engourdis… mais tout ceci n’est pas grand chose, car les conditions qui s’offrent à nous en ces moments sont tellement excitantes qu’elles en effacent les petits désagréments.

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t’a … effrayé par l’ambiance lugubre qui y régnait ? 

Je me souviens d’une capture d’éclair, pour laquelle j’étais monté assez haut, en voiture sur des routes en terre. L’orage a versé tant de pluie que la descente s’est faite entre les coulées de boue… La voiture était par moment légèrement déportée, et la pente aux abords de la route était raide. C’était assez impressionnant de vivre cela, au rythme des flashs lumineux et dans le bruit assourdissant de la pluie qui s’abattait sur mon véhicule.

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Faisons marcher notre imagination. Si tu avais en face de toi Nicéphore Niepce, l’inventeur de la photographie et que tu avais le droit de lui montrer une seule de tes photos…
Laquelle choisirais-tu ? Comment penses-tu qu’il réagirait ? 

Peut-être cette image

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Je ne sais pas comment il réagirait, mais j’espère qu’il apprécierait. Peut-être se dirait-il : heureusement qu’il reste encore des arbres et de la verdure à votre époque contemporaine. Pourtant la nature souffre.

Passons au petit portrait chinois…

Si pour toi les “Alpes au printemps” étaient pour toi une citation ?  

“Immobile, assis sans rien faire, le printemps vient, l’herbe pousse.” (Sagesse Chinoise)

Si les “Alpes en automne” étaient pour toi trois couleurs ?

Jaune Bleu Blanc

Quels sont tes prochains projets ? 

Les Dolomites me plairaient bien.
Sinon, il y a un livre/portfolio, avec très peu de texte, laissant une vraie place aux images, qui est en phase de réalisation. En espérant que ce projet aboutisse.

Si tu avais un petit message à adresser à nos internautes itinérants qui traversent les Alpes chaque été ? Que ce soit une astuce pour mieux regarder, mieux comprendre, mieux respecter les Alpes ? 

Surtout, prenez le temps. Oubliez la performance des jonctions trop longues qui ne laissent souvent qu’une place insuffisante pour la contemplation. Seul ou à plusieurs, goûtez aux joies de la lenteur, du silence…

Merci à Vincent Favre pour cet entretien, retrouvez son site Cristal de Givre par ici !

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